Au revoir grand-maman

C’est le 23 juin dernier que tu nous a quitté, à l’âge de 81 ans. Entourée de ta famille, des gens qui t’aimaient et que tu aimais. Ça a été soudain, en moins de 24 h, tu es partie au ciel.

Je savais que ce jour arriverait, que mes grands-parents partiraient. Mais je n’y pensais pas tant que ça, oui, ils vieillissent, et puis? Mes grands-parents maternels sont décédés lorsque j’étais enfant, 8 et 15 ans environ, je ne me souviens pas de tout, que j’ai eu de la peine oui, mais pas des émotions précisément autour du deuil. Depuis, j’ai des personnes que j’ai côtoyées, des anciennes amies, des connaissances qui sont décédés, mais sans que je sois aussi proche.

Ma grand-mère est le premier deuil que je vis en étant si près et si consciente de tout ce qui entoure le décès d’une personne. Je suis restée à son chevet durant une nuit, pour ne pas laisser mon grand-père seul, mais aussi parce qu’au fond de moi, j’avais besoin d’être là. Je ne sais pas pourquoi, mais une force s’est installé en moi et j’ai donné tout l’amour que j’avais durant les quelques heures où j’étais seule avec elle, avec le son de mon grand-papa qui dormait juste à côté.

Ma grand-mère a toujours détesté qu’on touche ses cheveux, elle était coquette. Elle se faisait faire une mise en plis régulièrement, je l’ai toujours connue avec la même coupe de cheveux. Je lui ai caressé les cheveux, la tête et j’ai tenu sa main très longtemps. La proximité me rassurait, comme si je réalisais que je n’avais jamais été aussi proche d’elle qu’à ce moment-là. Elle a eu ses derniers moments de lucidité en soirée, elle m’a regardé dans les yeux et a dit mon nom. J’ai eu cette chance, de petites secondes précieuses. Je lui ai parlé au creux de l’oreille, des mots doux, des anecdotes, j’ai pleuré, j’ai souri.

Je n’étais pas là lorsqu’elle a rendu son dernier souffle. Au matin, lorsque toute ma famille est revenue à l’hôpital, je suis partie chez moi pour prendre une douche, dormir un peu et terminer ma valise. Je prenais l’avion le lendemain, avec une immense culpabilité dans le cœur. C’est en route vers l’hôpital que ma mère m’a téléphoné pour me dire qu’elle était partie. Je suis arrivée 15 minutes plus tard, incapable d’entrée dans la chambre pour lui dire un dernier au revoir. C’est quand toute ma famille est partie que j’ai finalement utilisé les dernières forces qui me restaient que je suis allé lui offrir un dernier bisou sur le front.

J’apprivoise encore les nouvelles émotions que je ressens, c’est effrayant de ne pas savoir comment les vivres. Je ne réalise pas encore que je ne vais plus la voir, assise au bout de la table de sa maison.

Je t’aime grand-maman

Nicole Caron 14 mai 1944 – 23 juin 2025

Une réponse à « Au revoir grand-maman »

  1. […] année, c’était un peu différent, j’ai vécu un deuil au même moment, ma grand-mère est décédée la veille de mon départ, c’était soudain. J’avais une […]

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