Mais toi, tu n’as pas d’enfants…
Toi, tu es seule tu peux en faire plus.
Toi, tu es seule tu peux attendre | c’est pas grave si tu attends.
Tu ne sais pas c’est quoi d’être vraiment occupé avant d’avoir des enfants.
Mais moi, je dois m’occuper de mes enfants.
Tu peux travailler les soirs, tu n’as pas d’enfants.
Je ne peux pas t’aider, je dois m’occuper de mes enfants.
Depuis des années, je ressens souvent un petit pincement de frustration quand on me dit ce genre de choses. Comme si, parce que je n’ai pas d’enfants, j’ai plus de temps, je suis moins fatiguée, j’ai moins de responsabilités et je peux en faire plus.
Comme si, parce que je n’ai pas d’enfants, je vis le club med. Mais c’est comme si j’avais moins de valeurs également. Et c’est ça qui me fait le plus de peine. Déjà qu’être une femme de 36 ans, célibataire, sans enfants, les gens te regardent avec un regard triste, comme si tu avais raté ta vie. J’aimerais qu’on arrête de tenir pour acquis la vie des autres. De spéculer sans savoir. Que tu es des enfants ou non, ton train de vie t’appartient et ça ne devrait jamais être un facteur sur quoi que ce soit.
Je me souviens dans mon ancien travail, quand c’était le temps de prendre les vacances, on y allait par ancienneté, mais dès qu’il y avait une activité le soir ou la fin de semaine, on me regardait en tenant pour acquis que j’allais faire ses journées là parce que personne ne m’attendait à la maison. J’ai toujours été hyper flexible avec mes collègues, je le suis encore aujourd’hui. Je ne suis pas insensible à la réalité des autres, mais je m’attends à la même chose en retour, je crois que c’est une question de respect non? Une fois, un week-end d’activités tombait sur un chalet avec des amies. J’ai donc dit que je ne pouvais pas rentrer et ce fût une catastrophe. Les phrases du genre « moi j’ai des enfants, je m’en vais pas me faire du fun ». Elles étaient en colère contre moi, comme si ma vie avait moins de valeur que leur vie. Que mes plans à moi, c’était de la marde. Je serai toujours celle qui veut dépanner les autres quand je le peux. Mais je ne vais jamais prioriser les autres avant moi-même, j’ai autant le droit qu’un parent de ne pas être disponible et je n’ai pas à me justifier. Heureusement, dans mon nouvel emploi, je n’ai pas besoin d’avoir ce genre de conversations pour mes vacances ou mes congés. Mais, il m’arrive quand même encore de vivre des situations où je dois gérer avec des collègues parents.
En fait, ce texte va partout et nulle part. J’aimerais seulement qu’on respecte l’humain avant tout. Peu importe sa situation familiale. Tout le monde a le droit au respect et ce, de façon égale. Je suis sensible au fait que d’avoir des enfants ça demande beaucoup d’organisations et de temps, mais je n’ai pas à m’abaisser pour autant. Mon quotidien, ma routine a autant de valeur que la tienne. Elle est simplement différente. J’en parle souvent avec mes parents qui des fois, par maladresse, oublient de me consulter quand vient le temps d’organiser un souper de famille : « parfait on fait ça, je le dis à Karine ». De plus, en plus, je vois que mes parents comprennent et c’est la plus belle marque d’amour, mais surtout de respect que de recevoir un appel et entendre « salut, on a parlé à ton frère, on voudrait faire ça ou ça, toi qu’est-ce qui te tente? ». Être consulté et non pris pour acquis. Être respectée par les personnes que j’aime le plus au monde, ma famille. C’est tout ce qui compte pour moi. Pour le reste du monde, je suis capable de faire face, d’ignorer ou de répondre.
Une chose qui me dérange aussi, c’est quand j’entends des parents me dire : Ah tu es chanceuse, tu n’as pas d’enfants, tu peux dormir, manger quand tu veux, etc. Mais je ne comprends pas trop ce que ça veut dire, pourtant quand tu as des enfants, c’est supposé être la plus belle chose au monde, tu as choisi de fonder une famille, pourquoi envier le temps des autres? Je ne suis pas niaiseuse, je sais que c’est souvent une façon de parler, mais j’avoue que ça me fait rire. On dirait que les gens pensent que je regarde le temps passer et que j’attends que quelque chose se passe. Tes enfants ne devraient jamais être un fardeau, un obstacle ou peu importe.
Je n’aurai pas d’enfants, c’est mon choix, je suis très heureuse de mon mode de vie, je n’ai pas la sensation que je doive faire un deuil, pas du tout. J’ai encore le temps de changer d’idée, mais je ne pense pas que ça va arriver. J’aimerais qu’on cesse de tenir pour acquis que les personnes seules comme moi ont plus de temps, sont moins fatigués, ont plus de libertés qu’un parent. Des enfants ne devraient jamais être un handicap, oui il y a beaucoup d’investissements de soi, mais enjoy ce que tu vis tout comme moi je le fais. Dans le fond, on a que des vies différentes, il n’y a pas de quoi se comparer.



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